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Diaspora camerounaise : « Ce pays ne se construira pas sans nous », Milly Nadège FOKAM, entrepreneure franco-camerounaise, fondatrice de Promillys & Millperformances.

Elle aurait pu baisser les bras. Après des échecs successifs, des vols, des actes de sabotage, des intimidations, elle aurait eu toutes les raisons légitimes de rejoindre le camp de ceux qui ont définitivement tourné le dos à l’investissement au Cameroun. Mais Milly Nadège FOKAM n’est pas de celles qui abandonnent. Franco-camerounaise installée en France depuis 25 ans, fondatrice de Promillys au Cameroun et de Millperformances en France, elle incarne aujourd’hui ce que la diaspora africaine peut accomplir quand elle choisit de revenir, de persévérer et de construire. Son message à ses compatriotes de la diaspora est direct, sans concession, mais profondément bienveillant : « Ce pays ne se construira pas sans nous».

La diaspora, acteur incontournable du développement Camerounais

posons le cadre clairement : la diaspora camerounaise représente un vivier de compétences, d’expériences internationales et de ressources financières considérable. Des femmes et des hommes formés dans les meilleures universités du monde, aguerris dans des environnements professionnels exigeants, porteurs d’une vision globale et d’une capacité d’innovation réelle. Un potentiel immense — et pourtant encore trop peu mobilisé au service du développement du Cameroun.

Pour Milly Nadège FOKAM, cette réalité n’est pas une fatalité. C’est un défi collectif que la diaspora camerounaise a la responsabilité d’accepter et de relever. « Le Cameroun est notre pays d’origine et nous en sommes coresponsables. Nous devons faire notre part. Nous devons être les acteurs de la construction de notre propre pays, les premiers ambassadeurs de notre pays du point de vue de l’investissement. »

Un discours qu’elle ne tient pas seulement dans les médias, mais qu’elle porte inlassablement dans les cercles internationaux, les conférences et les réunions de la diaspora où elle est régulièrement présente. Avec cette conviction profonde que l’engagement de la diaspora n’est pas une option — c’est une nécessité historique.

Les obstacles réels : ne pas les nier, mais les affronter

Milly Nadège FOKAM est la première à reconnaître que la route de l’investissement au Cameroun n’est pas un long fleuve tranquille. Évoquer les difficultés n’est pas pour elle une façon de décourager — c’est une façon de préparer ceux qui hésitent encore à faire le pas en connaissance de cause.

Les obstacles sont réels et multiples. Une complexité administrative qui peut décourager les plus déterminés. Une complexité juridique dans le traitement des conflits qui fragilise la sécurité des investissements. Un manque de visibilité fiscale qui rend difficile toute planification financière à long terme. Des comportements et des logiques de clan ou de leadership qui interfèrent parfois avec le bon déroulement des affaires. Et par-dessus tout, une question de mentalité — cette mentalité qui, dans certains contextes, peine encore à considérer l’investisseur de la diaspora comme un partenaire à accompagner plutôt qu’une opportunité à exploiter.

« Certaines mentalités, certains comportements sont encore un frein pour nos investissements. Mais nous devons prendre le problème à bras le corps. Ce pays ne se construira pas sans nous et nous devons pouvoir apporter notre pierre à l’édifice, même si cela n’est pas facile.»

Son propre parcours : la vérité sans fard

Ce qui donne une force particulière au discours de Milly Nadège FOKAM, c’est qu’il est forgé dans l’expérience personnelle — une expérience douloureuse, lucide et finalement victorieuse.

Elle ne cache rien. Son premier investissement au Cameroun s’est soldé par un échec. Puis un deuxième. Puis un troisième. C’est au quatrième essai qu’elle a trouvé la bonne formule, la bonne combinaison pour s’imposer durablement. Entre-temps, elle a subi des vols, des actes d’intimidation, du sabotage, des suspicions injustifiées. Des épreuves qui auraient brisé bien des vocations entrepreneuriales.

« J’ai surmonté tout cela à force de patience, d’explications, de transparence, de recherche d’apaisement. Et quand cela était nécessaire, par une résolution par voie juridique »

Aujourd’hui, la formule qui fonctionne pour elle repose sur trois piliers fondamentaux. Un recrutement qualitatif qui ne s’arrête pas au CV mais qui évalue la motivation, l’engagement et les valeurs de la personne. Une rigueur administrative et organisationnelle sans compromis. Et un entourage soigneusement choisi — des personnes de confiance, compétentes et bien connectées — qui lui permettent d’agir efficacement quand la situation l’exige.

Le message aux autorités : créer la confiance, pas seulement l’appeler

Si Milly Nadège FOKAM a un message ferme et bienveillant pour la diaspora, elle en a un tout aussi direct pour les autorités camerounaises. Car l’attractivité d’un pays pour ses investisseurs diasporiques ne se décrète pas — elle se construit, se prouve et se mérite.

« Mon message aux autorités camerounaises est de travailler l’attractivité du Cameroun sur tous les plans, afin de créer un climat qui soit perçu comme beaucoup plus serein pour attirer les investisseurs issus de la diaspora. Aujourd’hui, on rencontre beaucoup de réticences, et ces réticences sont parfois liées à la perception que l’on peut avoir, ou à une certaine réalité vécue par ces investisseurs ou leurs proches. »

Elle cite en exemple des pays qui ont su créer des dispositifs concrets et attractifs pour leur diaspora : des exonérations fiscales sur plusieurs années, un accompagnement administratif clé en main depuis la création d’entreprise jusqu’à la mise à disposition de locaux, des mécanismes de protection juridique renforcés pour les investisseurs diasporiques. Des pays qui ont compris que chouchouter sa diaspora, c’est investir dans son propre développement économique.

Sa demande aux autorités camerounaises est donc triple et concrète : premièrement, créer un climat serein et stable qui inspire confiance. Deuxièmement, mettre en place des mécanismes institutionnels qui fluidifient et sécurisent l’investissement diasporique. Troisièmement, protéger réellement les entrepreneurs de la diaspora qui font le choix courageux de venir investir dans leur pays d’origine — car ailleurs, ils sont choyés, accompagnés, valorisés.

Un appel, une responsabilité, un Espoir

Au fond, le message de Milly Nadège FOKAM est celui d’une femme qui croit profondément en son pays — non pas avec la naïveté de celle qui ignorerait ses travers, mais avec la lucidité courageuse de celle qui les a affrontés et surmontés.

Investir au Cameroun n’est pas un acte de charité. C’est un acte de responsabilité, de fierté et de vision à long terme. C’est choisir de participer activement à l’écriture de l’histoire économique de son pays, avec tout ce que cela implique de sacrifices, d’adaptations et de persévérance.

« Même si cela n’est pas facile, nous devons être là. Nous devons construire. Nous devons montrer l’exemple. Car si nous, la diaspora, nous ne croyons pas en notre pays, qui le fera à notre place ? »

Une question qui mérite, de toute urgence, une réponse collective.

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